Jo Kaiat

« Jo Kaïat est un pianiste de jazz…non, attendez, ne fuyez pas! ses deux premiers CD n’ont rien à voir avec ce que vous imaginez. Le premier décolle entre Marrakesh et le Mali, le second plane vers l’Inde avec un violoniste et un joueur de tablas. Cela rappelle une mémorable rencontre Olodum/ Herbie Hancock avec Bill Laswell (‘‘Bahia Black’’);
C’est puissant, fonceur, moderne, plus proche d’un Fela que des bavardages du jazz institutionnel.

Ça colle, les polyrythmes s’emboîtent avec un naturel parfait, leur complicité est celle d’amants. Le résultat est fort, original, empreint d’une gravité de ton qu’adoucit
l’extase rythmique. »

Hélène Lee

« Pour Jo Kaïat tout est affaire de rencontres, de dialogues. C’est d’ailleurs le titre d’un des morceaux du trio de Bamako dont la composition découle d’un rythme guinéen très populaire au Mali, le « dundunba ». Jo Kaïat tend constamment des ponts entre différentes cultures: rapproche les gnawas, des bambaras (qui ont une histoire commune) dans « Du Maroc au Mali»; relie les accents mélancoliques de Satie à ceux de l’Inde et ménage une place à ses influences orientales dans « Lalit » et « Cœur battant ». Mais il ne se contente pas de trouver des liens entre sa culture et celle des autres, il passe également son temps à trouver des liens entre son instrument et celui des autres. »

Fanny Acollet
Warner-Erato


Jo Kaiat et le Jazz

Quand on naît jazzman, on est ouvert sur le monde des musiques. C’est le siècle qui en termine et qui le dit à l’oreille de celui qui la tend.
Au début, le jazz est né en noir et blanc, enfant illégitime du gospel et du classique, métis du blues et de la country. Et puis, il s’est inventé un monde, un univers au-delà des questions de styles, une partition qui file à l’envi vers l’infini. Pour grandir, pour nourrir son appétit de musiques, sa soif d’improvisation. il s’est servi partout où on l’invitait, il s’est invité partout où cela pourrait le servir. Aux quatre coins des cinq continents, il s’est enivré, s’est rassasié, il a dégusté aussi. Histoire de ne pas resservir les mêmes plats. Savoureux cocktails et cuisine nouvelle certes, mais pour que la sauce monte jusqu’au nez, pour que le brouet soit réussi, dans le respect des traditions. Depuis plus de 80 ans, il en va ainsi, curieux des choses de ce monde, de leurs couleurs d’origine. Depuis tout ce temps, le jazz, gourmand et gourmet, n’a pas fini de goûter les plaisirs desmélanges raffinés, mitonnés à l’ancienne, soufflés dans l’instant présent. Les lettres de noblesse du jazz, c’est son esprit. Le jazz est un monde de musiques au pluriel, au singulier. Il l’est par nécessité, c’est sa raison de vivre. Il l’est par plaisir, c’est sa façon de jouer.
Jo Kaïat l’a bien compris. C’est en cherchant qu’il s’est trouvé. De Paris à Bamako, de New York à New Delhi, il a fait voyager sa musique, loin du middle of the road, dériver son piano de continent en continent, en quête d’une identité, en accord parfait avec sa façon de voir et de vivre, ici et maintenant, dans un temps qui se conjugue avant tout au présent. Il a creusé son sillon, toujours plus profond. Le pianiste s’est forgé un caractère, un style. Sa musique parle le créole, le sien,  le nôtre aussi pour ceux qui savent écouter. Bien entendu!

En 1999, la world music est dans toutes les bouches et pourtant elle ne parle bien souvent qu’une seule langue. En 1999, la fusion n’évite toujours pas les confusions. On se marie le temps d’un disque, on prend quelques notes au passage, on dialogue un peu, à peine, du bout des lèvres.

D’autres vont plus loin, prennent leur temps, du recul pour de l’avance. Jo Kaiat l’a bien compris. Pour incarner sa vision, pour être en accord parfait avec sa vie, en harmonie avec les notes qu’il s’est choisies, qui l’ont choisi, il a adopté la formule du trio, l’a adapté selon sa formulation. L’un est Indien, l’autre Africain, l’un et l’autre se ressemblent, les deux ressemblent au maître de céans.
Le jazz de Jo kaiat fouille aussi du coté des racines. Des tablas et un violon au diapason des modes indiens, un doum-doum et un kamalen n’goni au cœur des rythmes maliens. Somme toute, un tambour et des cordes à la puissance deux. Le premier salue shiva, symbole du mouvement inexorable, sage dieu qui peut se montrer cruel quand .l’heure l’exige. Le second en passe par le Maroc visiter le long blues des descendants gnaoua, ces autres hommes bleu nuit. Ici et là, une certaine idée d’un jazz incertain n’est jamais bien loin. Le premier revisite La lit, un rag bien ancien qui symbolise la séparation des amants, qui se joue quand la nuit se couche. Le second reprend le korédouga, un chant traditionnel qui invite à faire la fête, où tout et son contraire est possible. Jo Kaïat aime à jouer des paradoxes. Les rythmes sont de la fête à Delhi, les harmonies entrent dans la transe à Bamako. Et Inversement.

Tout n’est pas simple. Le pianiste a tracé des lignes qui dévient, qui se tendent, s’étirent. se raccourcissent. Deux triangles isocèles, deux versions originales d’un jazz qui a le devoir de l’être, deux visions pas carrées d’un musicien, qui conjugue le plus que parfait et futur antérieur. hier et demain.

Animé par l’esprit frappeur de Jo kaiat le piano devient tambour. Agité par la pensée fertile, le pianodevient mélodie. Main gauche, main droite, il est tout à la fois, tour à tour minimaliste et expressionniste, sombre et coloré, puissant et lègé. Il y a beaucoup de virtuosité. Il y a encore bien plus d’idées. A quoi bon aligner les notes dans tous les sens si elles ne sont pas
guidées par une voix, vers un chemin de traverse.

Ecoutez. ça n’a rien à voir. Ecoutez, vous n’en reviendrez pas.

Jacques Denis

Spotify

Deezer

Itunes

Actualités

En voir plus